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Présentation

La mondialisation numérique confronte tous les acteurs académiques du monde à de nouvelles modalités d’échanges, de nouveaux habitus qu’il est urgent de préserver dans tous les domaines, les sciences exactes et expérimentales mais aussi les sciences humaines et la culture qui conditionnent l’identité même des citoyens partout dans le monde. La collégialité mondiale des Humanités digitales est assurée en théorie (ADHO, Alliance of Digital Humanities Organizations ; OCLC, Online Computer Library Center), mais à l’évidence cette attention aux enjeux des patrimoines numériques a été perçue d’abord dans la communauté anglophone du nord qui bénéficie de ce fait d’une avance d’appropriation certaine.

HumanitésDigitMaghreb s’inscrit comme une recherche à la fois théorique et pratique visant à mieux connaître et par là tirer une pratique d’action en analysant les difficultés et les désirs d’appropriation de cette nouvelle collégialité numérique dans un contexte linguistique et patrimonial beaucoup plus complexe et ancien que le contexte anglophone nord-américain où est né cette modernité des Humanités digitales. Les études d’appropriation des médias sont anciennes, mais le nouveau contexte de convergence mondiale tant multimédia que réseautique et normative impose de multiplier les études pour comprendre ces nouveaux phénomènes. En se limitant strictement à l’étude de la communication linguistique (orale ou écrite) savante, on focalise l’étude sur des habitus plus codifiés et attendus, ce qui sécurise la faisabilité méthodologique. On est certain cependant que l’on doit évaluer et tenir compte du delta d’un débat ancien/moderne dans l’acceptation des nouveaux paradigmes du numérique dans les habitus des SHS et des sciences exactes, toutes concernées par la montée inéluctable de l’interdisciplinarité.

La communauté francophone se mobilise actuellement de plus en plus sur l’importante question des Humanités digitales. Cependant, les enjeux de préservation et de mise en valeur académiques des patrimoines culturels et littéraires méditerranéens sont multiples et le Maghreb en est un des piliers fondateurs. Sa polyglossie et son multilinguisme (français, arabe littéraire mais aussi dialectal, langues et parlers berbères), constituent une des facettes complexes de ses patrimoines. À cela s’ajoutent les anciennes strates libyques, romaines, hébraïques. Le projet plus modeste s’attache au travail littéraire et linguistique sur des corpus tant oraux qu’écrits en langue arabe, française et berbère(s).

La plus-value de l’approche interdisciplinaire

Dans un tel projet, l’approche interdisciplinaire et multilingue se valorise à plusieurs niveaux :

- D’abord, de par son fondement interdisciplinaire, les Humanités digitales participent au « vivre ensemble » de communautés savantes en SHS. Elles disposent pour cela de référentiels qui consacrent le principe de l’échange et de la collaboration entre des disciplines du même domaine ;

- Le modèle interdisciplinaire des Humanités digitales se valorise ensuite par le dialogue créé entre les sciences humaines et les sciences exactes à travers des référentiels normatifs interopérables. La mise en place de modèles convergents de schémas de métadonnées dans des disciplines diverses renforce l’intercompréhension et l’échange entre les communautés savantes ;

- Pour ces raisons, le projet est une recherche-action qui vise à observer en termes d’épistémologie comparée, mais aussi en s’appuyant sur des théories de l’action. Le projet tente de ce fait d'établir un équilibre des acquis théoriques et des résultats sur des enjeux pratiques d’appropriation collégiale des usages savants du numérique ; - On en tire des enseignements divers en matière de sciences de l’éducation, en recherche littéraire et culturelle, en linguistique (multilinguisme, approche linguistique locale, etc.…) ;

- On en tire aussi des enseignements en terme de science de l’information et de la communication pour ce qui est des usages savants du numérique et de leur appropriation comparée tant au Nord qu’au Sud.

Les démarches méthodologiques mises en œuvre

Le projet vise à faire se rencontrer de la façon la plus efficiente possible des partenaires appartenant à l’étude communicationnelle multilingue (ciblée sur le français, l’arabe, les langues berbères et bien sûr l’anglais), qui s’intéressent ou sont directement impliqués dans les Humanités digitales et les bibliothèques numériques, ainsi que d’autres qui travaillent sur le rassemblement et l’étude de corpus linguistiques, notamment oraux dans l’aire maghrébine. Les proposants visent prioritairement une recherche-action visant à analyser et à accompagner les processus d’appropriation et d’usages. Les proposants cherchent aussi à résoudre les blocages qui rendent difficiles en SHS le passage des habitus humanistes à des nouveaux comportements collégiaux fondés sur les « bonnes pratiques » des Humanités digitales. Les proposants font le pari d’une démarche dynamique du groupe de travail qui évolue de la collégialité présentielle (ou vidéodistancielle) à la réalisation concrète sur une ou plusieurs plates-formes de la même collégialité devenue effectivement numérique et capable d’y exprimer dans l’articulation normative des différences et des similarités, la diversité de ses appartenances disciplinaires plurielles. Un corpus numérique s’appuyant sur une plate-forme Oméka, constitué par échantillonnage de corpus concrètement travaillé, par ailleurs, par les participants est l’enjeu concret de ce projet.

HumanitésDigitMaghreb s’inscrit aussi dans une synergie de complémentarité avec d’autres projets de recherche comme le BNFB (Bibliothèque Numérique Franco-Berbère) retenu en 2010 dans l’appel à projets de l’OIF-FFI (Organisation Internationale Francophonie, Fonds Francophone des Inforoutes). Le projet HumanitésDigitMaghreb prépare aussi pour des ouvertures de collaboration et de recherche-action avec des structures nationales, régionales et internationales auxquelles des membres de l’équipe sont affiliés, comme l’ISCC, le TGE-ADONIS, l’AUF, l’IFIC de Tunis (Institut de la Francophonie pour l'ingénierie de la connaissance), l’ISO, etc. Par ces ouvertures, des membres de l’équipe sont en mesure de réactiver des relations croisées anciennes pour faire appel à des experts ad hoc comme Lou Burnard, Laurent Romary, Alain Giffard et autres experts internationaux de la TEI et du document numérique, pour des interventions ciblées dans la formation ou le développement.

Concrètement, la conduite du projet est conçue en quatre phases clés :

1. Démarrer par des séances de travail à distance durant lesquelles il y aurait un échange de documents pour définir les principaux référentiels communs qui facilitent l’échange. Cette étape permettrait de souder le groupe autour du projet et de renforcer l’esprit de la collégialité numérique interdisciplinaire. Elle permettrait aussi de renforcer la culture des métalangages et de faire comprendre la notion de la métadonnée comme paradigme clé des systèmes d’information numérique. Par les discussions et les échanges, chacun identifie plus clairement son rôle dans la feuille de route du projet et œuvre pour produire des modèles des schémas descriptifs des corpus de son domaine, selon des référentiels communs et interopérables.

2. En fonction des résultats de la première phase dans laquelle les besoins sont identifiés et les spécificités multidisciplinaires et multilingues sont définies, il y a eu un aménagement de la plate-forme Oméka pour qu’elle accepte les modèles déterminés pour les corpus oraux et textuels multilingues des acteurs du projet. Le choix d’Oméka comme plate-forme de travail sur les corpus des Humanités digitales multilingue est dicté par sa conformité à la norme TEI (Text Encoding Initiative). Elle a été testée et validée dans le projet BNFB cité précédemment.

3. La troisième phase prend la forme de séances de formation en présentiel. Les acteurs du projet, ayant développé des schémas de documents numériques dans leurs disciplines respectives, se sont appropriés un outil qui leur permettrait de rentrer concrètement des documents dans la base du corpus numérique du projet. Cela nécessiterait des missions en France, d’une part pour s’approprier collectivement des méthodes de travail sur une plate-forme numérique, et d’autre part pour renforcer l’esprit de la collégialité interdisciplinaire, qui reste l’objectif central du projet. Par le cumul d’expérience, la collégialité se resserre, les méthodes de travail s’uniformisent et les corpus s’élargissent.

4. L’aboutissement du projet vient en quatrième étape. Il y a eu une rentabilité épistémologique sur la base de la recherche-action accomplie et évaluée à l’issue de chacune des phases précédentes. Cette quatrième phase a pris la forme de deux journées ouvertes de réflexion pour présenter un compte rendu du projet avec des synthèses et des recommandations pour renforcer les principes fondateurs du projet, à savoir comment les Humanités digitales participent au « vivre ensemble » ; comment rapprocher les sciences humaines et les sciences exactes pour dialoguer ensemble ; comment le numérique intervient pour faciliter l’échange.

En définitive, le projet est une recherche-action. Il s’agit simultanément de former les acteurs du projet à s’approprier des nouveaux habitus de recherches sur des textes, à maîtriser leur mise en corpus interopérables pour favoriser la synergie de coopération d’étude mondialisée sur ces patrimoines, mais aussi d’étudier les processus d’appropriations, les déplacements d’approches et donc les redéfinitions épistémologiques qui sont de ce fait induites. La plus-value fondamentale est sans doute de démontrer comment la recherche-action, associée à l’épistémologie, permet à des dispositifs différents et des disciplines différentes de développer dans leurs divergences, des référentiels communs pour des produits numériques réutilisables.